Pédago : comment faire tweeter des enfants de 7 ans ?

Une tablette sur un bureau, en classe (François Lamoureux)

Cela fait maintenant un an que j’utilise tous les jours Twitter dans ma classe de CE1-CE2 de Gaujacq, un petit village landais avec notre compte : @CE1_CE2_Gaujacq. Les productions d’élèves sont de plus en plus intéressantes et riches et Twitter me permet d’approfondir des notions d’une autre façon, plus concrète.

C’est par son blog – Si c’est pas malheureux – que j’ai découvert la « Twittclasse » de François Lamoureux. Cet enseignant a accepté de parler de son expérience sur Rue89 – il reprend dans son témoignage des morceaux de ses notes de blog.

François Lamoureux a été inspiré dans ses activités par d’autres professeurs comme Laurence Juin (en lycée), Alexandre Acou (CM2) et Jean-Roch Masson (en CP).

Il existerait aujourd’hui plus de 200 classes utilisant Twitter en France, principalement en primaire.

Emilie Brouze

Car souvent les activités de classe peuvent paraître artificielles, hors contexte voire dénuées de sens. Pourquoi doit-on apprendre à écrire correctement ? Des enfants de cet âge n’y songent même pas car leurs travaux sont cantonnés à des cahiers, eux-mêmes enfermés dans des casiers ou des cartables.

Ils n’ont pas l’occasion de partager leurs productions, de les confronter, d’argumenter leurs choix.

Twitter donne envie aux élèves de produire du contenu, du contenu de qualité. Le fait d’être lu (par plus de 200 abonnés et la majorité des familles de la classe) donne beaucoup plus de sens aux compétences – en premier lieu soigner l’orthographe.

D’autant que les programmes de l’école primaire demandent que soient maîtrisées les techniques de communication, l’envoi de message et la présentation de travaux par le biais du numérique.

Grâce à Twitter, on peut également aborder dès le CP la gestion de l’identité numérique, de la citoyenneté sur Internet. C’est une première approche, bien encadrée. Ce n’est pas en interdisant l’utilisation des réseaux sociaux qu’on leur apprendra comment éviter les pièges.

Grâce à Twitter, nous pouvons communiquer hors de la sphère de l’école, nous interroger. Nous faisons régulièrement des recherches encyclopédiques lorsque d’autres classes posent des questions. Nous regardons sur une carte d’où ils nous écrivent. Nous partageons la vie de notre classe.

« @Classe_Masson Bonjour, vous avez de très bonnes idées de tweets. »

J’avoue que j’étais au départ un peu inquiet quant à la réaction des parents. Je n’ai finalement eu aucun problème. Le projet a été présenté aux familles lors d’une réunion. Certains parents avaient entendu parler de Twitter, sans plus. L’aspect réseau social peut être déroutant. C’est pourquoi je me suis expliqué dans une lettre. Extrait :

« Ce projet peut paraître peu commun. Cependant il ne s’agit ni plus ni moins que d’une pratique classique (cahier de vie ou cahier de texte) adaptée aux techniques modernes de communication.

Les enfants ne “tweeteront” que des éléments validés par l’enseignant et n’auront pas accès au reste de Twitter (seules leurs productions leur seront visibles). Enfin, je précise que cette activité n’est en aucun cas obligatoire. »

Aujourd’hui, plus de la moitié des parents suivent notre compte Twitter. Certains interagissent même régulièrement en « retweetant » des productions d’élèves.

Techniquement, c’est très simple : l’application sur tablette nous permet de tout faire (publication, lecture, photo, vidéo, son…) et de ne pas dépendre d’une salle informatique.

La production d’un tweet se déroule en trois temps :

production au brouillon ; puis sur une grille de tweet ; puis sur tablette ou ordinateur. Le brouillon d’un « tweet » (François Lamoureux)

Le tweet est toujours validé par l’enseignant avant publication.

Lors de séances de découverte, j’ai expliqué les principes de bases de Twitter aux élèves, la limite des 140 caractères (utilisation d’une grille pour le brouillon), le fait que ce qu’on écrit peut être lu par n’importe qui et de l’importance de respecter des règles – en découle la charte Twitter que les élèves ont réalisée. Cette étape est pour moi cruciale. On pourra la réaliser avant de démarrer l’aventure ou après une période d’utilisation et d’observation.

J’explique aussi les notions techniques (les différents boutons, les indicateurs).

Au tout début, notre compte a surtout servi à relayer devoirs et leçons. Rien de bien folichon, me direz-vous. Certes, mais cela a permis aux parents et aux enfants de se familiariser avec l’outil.

« #Devoirsce1 pour jeudi 14/02/ revoir FAIRE et DIRE au présent » #Maïalen

Dans un second temps j’ai axé le projet Twittclasse sur la production. Mes CE1 avaient peu de notions de grammaire et il leur était difficile d’avoir un retour critique sur leur production. J’étais donc très actif dans les corrections. Je corrigeais régulièrement et validais facilement (j’attendais d’eux qu’ils produisent des tweets phonétiquement corrects et qui aient un sens). Pour cette phase, j’ai privilégié des activités un peu « plan-plan », je l’avoue.

Au départ, les enfants n’y voyaient pas un grand intérêt, à part celui de manipuler l’iPad. Je leur avais simplement expliqué qu’on pouvait publier nos productions sur Internet. Je n’avais pas non plus fait de grandes explications sur le fonctionnement. Tout s’est fait petit à petit. J’ai pris l’initiative de nous abonner à des comptes qui me semblaient intéressants et qui donneraient envie aux élèves d’interagir. Bingo !

Un élève tweete en classe (F. L)

La lecture de la « Timeline » sur Twitter est réclamée régulièrement :

« Ils ont écrit des choses les autres classes? ? » ;

« On a des messages? ? ».

L’outil intéresse. Des élèves qui ne produisent pas d’habitude se lancent. Ils aiment écrire. Ils comprennent le plaisir qu’on peut trouver dans une correspondance. Et ils s’entraident pour la conception des messages.

Twitter est également un support d’étude de la langue, simple et fédérateur. Un exemple simple est celui de la construction d’une phrase. En début d’année au CE1, on étudie la notion de phrase (majuscule, point, sens). La lecture de Twitter se prête tout à fait au travail sur cette notion.

« Combien y a-t-il de phrases? ? » ;

« Sont-elles correctes? ? »

Au fil de l’année, et surtout avec mes CE2, j’interviens de moins en moins dans la correction. Et c’est bien là tout l’intérêt de Twitter : maintenant qu’ils ont pris goût à produire (ils adorent ça) la correction devient un enjeu.

« Bon, si je veux publier, il faut que je trouve mes erreurs. »

On observe alors les élèves mettre en jeu des procédés de relecture des plus pertinents. Observation des affichages de classe, recherches dans le cahier de leçon ou simple coopération entre eux. C’est un vrai régal d’observer cette petite équipe adopter des comportements d’adultes dans le but d’aller au bout d’un projet, certes humble, mais un projet tout de même.

« J’aime bien tweeter sur la tablette parce que le soir je les regarde avec maman et papa. »

#PetitBonheur#SecretVéritable#Bonjour#DéfisMaths#paquebotendétresses#DansMonEcole#Twithaiku#Danslefutur

L’idée est simple, mais vraiment porteuse et motivante : raconter une petite chose de tous les jours qui nous procure du bonheur. Après lecture des tweets des autres classes, les élèves se sont immédiatement approprié l’idée. L’envie de raconter quelque chose qui leur tient à cœur les pousse à écrire. Il se dégage des tweets des classes qui ont participé à ces productions, un sentiment de bien-être, de la fraîcheur et de la poésie.

« Mon petit bonheur c’est quand je fais des câlins à mes parents. » #PetitBonheur

« Mon petit bonheur c’est quand je mange des frites. » #PetitBonheur

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Par nabil chaibi.

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