Quand le fair-play financier devient une affaire d’État. Par Nabil Chaibi

L’UEFA n’est pas la seule à surveiller d’un œil attentif la manière dont les formations européennes préparent l’instauration du fair-play financier dès la saison 2013/14. Le gouvernement de Jean-Marc Ayrault a également choisi de se saisir de cette question en mandatant une mission parlementaire d’information sur l’application du fair-play financier au modèle économique des clubs de football français. Le rapporteur de cette mission, Thierry Braillard, député de la 1ère circonscription du Rhône, en a détaillé l’objet dans les colonnes de Lyon Capitale.

« Nous voulons comprendre la situation économique du football français. Le déficit cumulé des 40 clubs professionnels était de 112 millions d’euros en 2012 et devrait être de 250 millions d’euros en 2013. En Europe, ce déficit a été multiplié par plus de deux en trois ans et atteint 1,7 milliard d’euros. Il y a de quoi tirer la sonnette d’alarme », a-t-il indiqué avant de poursuivre. « Nous allons auditionner une soixantaine de personnes d’ici le mois de mai. Nous avons déjà rencontré Michel Platini (président de l’UEFA) à la mi-janvier, Noël Le Graët (président de la Fédération française de football) et Jérôme Champagne, l’ancien secrétaire général adjoint de la FIFA (Fédération internationale de football association) », a-t-il confié. Mais ce n’est pas tout.

« Nous irons à Bruxelles auprès de l’instance du fair-play financier pour comprendre comment l’UEFA a étudié ses 630 clubs de foot professionnels. On va entendre les présidents de sept clubs français (Lyon, Paris, St-Étienne, Lille, Caen, Créteil, Rennes), les élus locaux de Marseille, Bordeaux et Montpellier, le syndicat des joueurs mais aussi Canal+ et BeIN Sport. À la fin de notre mission, nous avons prévu de rencontrer la Ministre des sports Valérie Fourneyron. Nous rendrons notre rapport en juin », a-t-il précisé. L’idée étant de donner au football français des outils pour à nouveau être compétitif sur la scène continentale.

« Nous comptons aussi faire des préconisations aux instances politiques européennes parce qu’il y a des problèmes d’harmonisation fiscales et de droits. Quand le foot français a 600 millions d’euros en droits télés, la Ligue anglaise en a 4 milliards. Du coup, cela crée des problèmes de distorsions entre les clubs et explique notamment pourquoi Newcastle vient d’acheter pas mal de joueurs français (Ndlr, cinq joueurs en trois semaines de mercato). Cette situation interpelle. Il faut convaincre les propriétaires d’investir dans les centres de formation et les infrastructures plutôt que sur les salaires des joueurs », a-t-il confié, expliquant que, malgré ses rapports privilégiés avec l’Olympique Lyonnais et Jean-Michel Aulas, il resterait neutre.

« Notre mission n’est qu’une mission d’information. Nous n’avons pas de pouvoir si ce n’est celui de faire des préconisations. Est-ce que la chambre de l’instruction du fair-play financier validera ce contrat ? C’est une question que l’on posera en tout cas. (…) Ce n’est pas une mission Aulas contre le PSG. Je suis député, je représente la Nation et non un club. J’aime le football et l’OL mais je saurai prendre de la hauteur. Si nous voulons que cette mission réussisse, il faut garder cette impartialité », a-t-il conclu. Quand l’avenir et la compétitivité du football français sont en question, c’est la moindre des choses.

Par Nabil Chaibi

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